Année : 2011

Photo France Culture 2011: © Adèle Van Reeth, Tristan Ghrenassia

La voie de Maurel  26 décembre 2011

L’autre jour sur France-Culture, cette émission à propos de l’exil de Victor Hugo à Guernesey…
Mais !… C’est Jean Maurel ! La voix de Jean Maurel !
Mon prof chéri de la vieille Sorbonne, qui, il y a trente ans m’a littéralement ouvert la tête ! Qui, comme Socrate, “faisait payer ses tours et non ses leçons” !

Avant même sa revendication incessante, guerrière, des vertus de la provocation, quelle émotion de retrouver (“Jean-Jââââcques !…”) la phrase de Maurel, sa scansion, ses points d’appui, “n’est-ce-pas”, pour rebondir, se propulser, chercher ouvertement la transe…

À nouveau, écouter Jean Maurel suscite immédiatement chez moi un irrépressible sentiment d’euphorie, une joie que je connais également, c’est étonnant, lorsque j’écoute le flamenco. Lorsque que le chanteur cherche, cherche en bridant le registre naturel de sa voix, en privilégiant les appuis rythmiques pertinents. En sacrifiant, s’il le faut, de la justesse de la ligne mélodique à celle d’une certaine emphase, d’une certaine boursouflure monstrueuse -allez : hugolienne- de l’expression.

Et la pensée de Maurel est belle comme un crabe. Sa voie, la recherche permanente de la diagonale.
Ou du rythme. Ou du style.
Avec lui nous avons travaillé Kant, par exemple : Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? Pour entrer dans la pensée. C’était il y a trente ans, mais comme dans un tour de danse, en pensée c’est le premier pas qui compte. Les chemins ne menant, bien sûr, nulle part.
Du potache, Maurel n’a peut-être pas fait un philosophe, mais il m’a appris à danser. Ne m’a peut-être pas habillé pour la vie, mais il m’a deshabillé.

30 ans après-coup, je vois que Maurel est toujours là, sur son fil. Oui, c’est donc possible. Et, à l’entendre 30 ans après, je vois bien que je ne me suis pas déjugé, que je valse même peut-être. Le temps, que je croyais séquencé, avec des périodes, des épisodes -j’ai déjà eu plusieurs vies- est tout de même un temps continu. Ce qui ne veut pas dire linéaire. Ça veut dire que plutôt que périodique, brutalement je le ressens comme cyclique. Périodique, peut-être, mais cyclique c’est sûr. Nietzsche. On revient toujours à la source.

> Pour écouter ou podcaster les quatre parties de l’émission de France Culture Victor Hugo, le génie de l’exil : cliquez ICI

Une flûte en chantier  14 décembre 2011

“Une flûte enchantée” d’après “La flûte enchantée”, opéra de W. A. Mozart, mise en scène de Peter Brook.

Cheap.
Une version réduite pour piano et solistes, qui, comme dit le programme, va à l’essentiel. Mise en scène pingre, distribution vraiment juste (si l’on peut dire) : une Reine de la Nuit qui se vautre dans les aigus (OK elle est payée pour ça), et un Zarastro qui aurait pu échanger les rôles avec son ex…
Qu’est-ce qu’il reste de l’opéra de Mozart quand on enlève la flûte et l’enchantement ? Il ne reste plus rien. On n’y va pas : on y est.
Les économies de budget ont bon dos. Le public est content (le public est toujours content), mais on ne la lui fait pas non plus (le public est malin).

Je l’ai vu le mardi 13 décembre 2011  au Théâtre de Nîmes

Immoral  9 décembre 2011

Je ne me connais pas de désespoir qui résiste à une glace.
Et pas de désespoir qui résiste à du chocolat.
Une seule chose est meilleure que la glace au chocolat : le sorbet au chocolat.
Mais faut pas du tout en abuser.
C’est tellement mal, que, quand je pense à mon congélo, mon désespoir grandit, grandit…

Photo: Everest Canto de Montserrat

Sihanouk  5 décembre 2011

Vite affranchi sur le mauvais accueil et l’arrogance que les danseurs parisiens réservent à leurs visiteurs, j’ai abandonné samedi les milongas de la capitale pour un vrai spectacle, celui donné au Théâtre du Soleil (Cartoucherie de Vincennes) par la troupe cambodgienne de Phare Ponleu Selpak : L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge.

J’ai ri, pleuré, nous avons tous ri et pleuré pendant ces 3 heures pleines de bruit, de fureur et de grâce.
Comme son peuple, nous avons suivi Sihanouk, vrai personnage shakespearien emporté dans tant de compromis humbles, scabreux, tragiques ou touchants, sous les bombes américaines, du lendemain du protectorat français jusqu’à la veille du carnage khmer rouge…

Des choses courageuses et difficiles à dire, même pensées et écrites en français par Hélène Cixous, pour le public français du Théâtre du Soleil en 1985.

C’était déjà un beau morceau. Puis avec ténacité et humilité le Théâtre du Soleil a accompagné en re-création les artistes de Phare Ponleu Selpak, de Battambang, Cambodge. Chapeau.
Et a rendu cela possible : ce qui aurait pu ne rester, une nouvelle fois, que leur propre histoire écrite malgré eux, ils la jouent aujourd’hui dans leur langue et leur pensée, cela change tout.

Traduite et jouée en khmer, cette langue terriblement étrangère et musicale, cette histoire c’est la leur, écrite avec le sang, les rires et la gnaque phénoménale des trente artistes qui déboulent sur la scène française. Et, sans se départir de leurs codes culturels ni se cacher derrière aucun exotisme, ils nous emportent immédiatement, nous autres occidentaux, dans l’urgence d’un spectacle de la plus grande exigence artistique.

Un pont magique s’est ouvert et ne peut que s’élargir !
A nous, qui avons bien du mal à simplement nous adapter à d’autres cultures, aussi mal lotis qu’ils pourraient nous sembler, ces artistes-là ouvrent le chemin.

Vivent les petits pays, vive le Cambodge, vive la France.

> Le dossier de presse : ICI
> Le dossier de la revue Mouvement (oct 2011) : ICI

Bébé site est né !  27 novembre 2011

• Avec / mes propositions de comédien : clip, book y tutti quanti…

• Et aussi / mes cartons de projets et bidules : clic-clacs sans blablablas. Et un blog, un coin presse, un jardin secret…

• Et encore / les infos de la compagnie de spectacles Tango & Cie. L’actualité de TangoFado, la préparation du prochain spectacle, et toujours la rubrique Nostalgie (250 contrats d’artistes signés en 6 ans…)

• Mais surtout / toute la place pour vous étirer, papoter et partager. Faites vos commentaires, publiez-les en même temps sur Facebook : VIP pour tout le monde

Un petit coin aéré où aimeront revenir ceux qui aiment la création, le spectacle, les bulles et les choses bien faites !

Outrage au public  25 novembre 2011

]Après s’être entendu répéter pendant 1h30 qu’”il n’y avait rien à voir”, que “nous n’avions rien vu” et que “nous ne verrions rien”, à la sortie du spectacle, hier soir, on se demandait quand-même ce que l’on avait vu. Et c’est tant mieux.
Outrage au public qui a scandalisé lors de sa création au théâtre en 1966, est un texte de l’écrivain autrichien Peter Handke, né en 1942 et ayant grandi à Berlin-Est.
Depuis cette date nous avons connu bien d’autres expériences aux diverses fortunes, questionnant la transaction théâtrale en prenant à partie le spectateur de façon souvent autrement physique. Reste ici ce texte, qui doit être passionnant à lire, mais avec lequel j’avoue que je ne me sens pas trop à l’aise. Je n’ai pas partagé ce besoin tellement prévisible de vouloir sortir la vérité des choses et ensuite de prétendre l’enseigner même de façon exclusivement antonymique : “il n’y a pas deux mondes, l’avant-scène n’est pas un mur entre vous et nous…”

Le besoin du spectateur, -si c’est bien lui qu’il s’agit d’outrager- n’est pas de trouver ou de détruire des certitudes. Que le rêve n’est pas la réalité ou que celle-ci se confond définitivement avec le rêve m’importe peu.
Mon besoin est un simple besoin de disponibilité, de mettre les murs en suspension. Seulement de ressentir pourquoi le matin je n’ai pas envie de me réveiller et le soir pas envie de m’endormir.

L’Homme est un animal qui joue et qui ment ? C’est ça, la vérité ?
Mais qui va croire celui qui arrive et dit “je vais vous dire la vérité, la vérité sur ce mensonge” ? Qui va même l’écouter ?

L’engagement des comédiens, leur générosité sont visiblement entiers et convaincants. On veut bien les croire, on les suit là comme ailleurs, bravement.
Si le public ne se lève pas pour répondre à leurs insultes et les mettre dans l’embarras (en les obligeant à sortir du texte, à oublier la mise en scène et la scénographie), ce n’est pas parce qu’il est faible, mais parce que la proposition lui semble faible. En dépit des affirmations prises en charge par les comédiens, l’insulte a scellé le mur qu’avec leur talent ils ont dressé entre eux et nous.

On a eu hier le sentiment de sortir indemnes de cet outrage.
Qu’il ne se soit rien passé de particulier prouve seulement que le mystère du spectacle a encore opéré et n’est réductible à aucun point de vue ou sens particulier de l’humour (et c’est tant mieux !)

Je l’ai vu le jeudi 24 novembre 2011 au Théâtre de l’Odéon à Nîmes, par la Cie de Koe, mis en scène par Peter Van den Eede

Eucalyptus  9 novembre 2011

Piqué à l’héro.

Non ! ! ! Je me suis trompé ! Piqué à Véro ! A Véro !

(Crotte, mais comment on fait pour effacer ?)

Fumando espero  7 novembre 2011

Autour de la caméra de Monsieur Michel, j’ai aimé que nous ayons voulu esquisser ensemble cet authentique moment de tango et un vrai petit personnage romanesque qui en un raccourci de cinq minutes (à peine le temps d’une chanson) change trois fois de peau, avançant à la rencontre de son destin, consciemment ou non mais obstinément.

Absolument peu lui importe que ce soit dans tel ou tel costume de convention. Celui qui ne dérange personne, comme celui que la farce lui impose. Il y a ce quelqu’un d’autre enfoui sous la première peau, sous son premier costume -qui n’était déjà pas très sexy-, quelqu’un avec qui il a ce rendez-vous.

On le laisse finalement muré dans la même solitude inébranlable, mais plus renforcé que jamais dans sa conviction que cette solitude est nécessaire, lui donne sa justification d’être. Il lui a donné un nom : le tango.[/one_half_last]

Sans Pina  21 octobre 2011

Petites réflexions de spectateur)

Perplexité 24 heures après avoir vu Nelken… Le spectacle auquel j’ai assisté ne ressemble pas du tout aux images fortes, serrées, denses des films autour de la recherche unique de Pina Bausch, les seules auxquelles j’avais eu accès jusqu’ici. J’ai vu hier des trous béants dans ces 110 minutes, des étirements de tunnels entre un, deux, trois soleils, un spectacle qui ne cesse de se mettre sur la descente… et bizarrement sans jamais cesser de captiver… Ces pertes d’énergie sont-elles dues au passage des images filmées de captations à la réalité du spectacle vivant ? A l’absence, désormais, de Pina Bausch ? A ce spectacle particulier, Nelken ? A une représentation moins réussie que d’autres ? En tout cas, cela est très dérangeant. Donc tout fait intéressant.

Parmi toutes les lectures possibles, j’ai ressenti très fortement celle de l’expression d’une lassitude. D’un accablement : oui c’est cela. Désenchantement de tellement de baffes et de baisers reçus et donnés d’une humeur si possible égale, fatigue d’un monde policé qui demande à l’artiste que tu es de te présenter en répétition en tenue “convenable” pour montrer ton passeport. Mais en même temps de t’humilier encore toujours aux mêmes “galipettes” sur scène pour montrer ton talent. Même faire du Pina Bausch s’ils en veulent.

Mais c’est au coeur que Pina vise, on le sait bien.
Cette fatigue est dans le texte mais elle est réelle, crie Nelken. Perceptible, elle crée un vrai malaise. Dominique Mercy a mal aux pieds : on veut bien le croire. Sur scène, les artistes jouent faux quand ils doivent dire en langue étrangère un texte qu’ils ne comprennent pas. Même dans les passages moins exposés les espaces de tension entre eux se relâchent étrangement… c’est très inquiétant…
C’est vrai que Nelken est aujourd’hui du répertoire. Il n’est pas, ne peut plus être une création mais une reprise. Et que quelqu’un manque, on le sait bien. Tout le monde a vieilli d’autant, c’est certain. Faut-il seulement continuer ? L’abattement, on connaît….

Attention. Cette fatigue est dans le texte mais elle est réelle. Donc : cette fatigue est réelle mais elle est dans le texte.
C’est ce que j’ai entendu Mercy me chuchoter et c’est ce que j’ai vu.

Flottant sur son apollinien tapis d’oeillets la troupe s’installe au fond de ces zones vraiment sombres, pas sombres pour la galerie seulement. Oui Mercy et le Tanztheater mettent en jeu cet abattement, cette fatigue des sens et des corps. Je suis certain qu’avec la même chorégraphie et la même compagnie ce Nelken ne ressemble pas du tout au Nelken de la création, il y a 30 ans. Je pense qu’il est encore plus près du public, nous.

Entre mille autres choses Nelken va chercher cette fatigue, ce retrait. Ces absences, la compagnie a le culot de les jouer. Sans jamais renoncer au spectacle qui se déroule sous nos yeux, elle nous montre que dans ce monde si policé, n’est-ce-pas, ce monde de perpétuelle ostentation, de représentations et de conquérants à 2 balles, renoncer au spectacle fait, peut faire également partie du spectacle, faire un spectacle.

Et ça je ne l’avais vraiment jamais vu, c’est un pari drôlement culotté, me voilà atteint au coeur, un pari gagné…
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Pina  20 octobre 2011

Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie ! ! !
Je l’ai eue, à l’instant, ma place pour voir Nelken (Oeillets), par le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch.
C’est ce soir, ce soir, ce soir ! ! !