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Strasnoy

Tango : le sens du bal  24 janvier 2012

C’est à nouveau en écoutant la radio (France Musique), que j’ai reçu mon paquet d’émotions. Et encore une fois c’est d’Argentine que nous vient la gnaque.

The End : une création extravertie, d’un humour à pisser de rire. Le compositeur argentin Oscar Strasnoy fait un tube populaire d’une musique habituellement estampillée “contemporaine”. Woûûûh ! C’est du tango ?

Horacio Salgán était déjà un compositeur contemporain aux côtés de Piazzolla et de Troilo et il est toujours aujourd’hui un monstre bien vivant de l’histoire du tango et de la musique.
Bien vivant ? Le 14 novembre 2000, Salgán n’a que 85 ans quand, avec Ubaldo De Lio, son complice du Quinteto Real et de toujours, il enregistre piano+guitare au Club del Vino de Buenos Aires.
William, pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de ça ! Ce son ! Ces arrangements ! C’est du jazz ?

Quand je n’écoute pas la radio, je traîne dans les milongas parisiennes.

Les milongas sont l’une des formes des bals populaires, rien de plus, rien de moins.
Le tango ici, c’est d’abord là où je vais le plus volontiers guincher, me griser, voir du monde, des femmes, boire des coups…
Je trouve formidable qu’il offre le retour de cette belle culture du baloche, oui, à mon avis, l’important des milongas c’est ça.

Mais pour autant, ce qui s’y joue ici n’a pas grand-chose à voir avec la culture argentine du tango, telle qu’on la retrouve partout en filigrane à Bs As, par exemple.
Et, même là-bas, si la danse tango amateur est une composante sociologique majeure de la culture, je n’y vois qu’un inconsistant apport artistique.
Quant aux danseurs professionnels qui témoignent d’un vrai questionnement de l’expression, ils me semblent -que l’on me pardonne- excessivement rares.
Je trouve quant à moi beaucoup plus de tango dans la musique, dans les textes, dans certains comportements d’Argentins ou de musiciens, ici ou là-bas.

Il n’y a qu’à entendre les paroles de la plupart de ces morceaux pour comprendre que, privé de l’humour très italien des Argentins, c’est une certaine énergie mortifère que stimulerait le tango…
Comme il ne manque jamais personne pour gratter la misère sociale, affective et artistique, ce qu’ici on appelle « Tango » reste hélas trop souvent une simple carte postale, un truc à 2 balles, qui attire durablement les gens cherchant des trucs à 2 balles, et moins durablement ceux qui s’estiment un jour trahis par les blablas des inévitables vendeurs de kitsch et qui ne reviendront jamais.
Ou bien repousse ceux qui trouvent ringarde cette vitrine sentimentale.

Mon rêve de créateur de spectacle, celui que j’avais commencé à mettre en oeuvre sur la place du Chapitre à Nîmes, serait de reconquérir un accès au tango en le vidant, par une certaine approche du bal, de tout ce fatras de malentendus. Dans la culture « dure » de l’espace social du bal les sentiments et les mots n’ont pas lieu d’être. C’est bien plus intéressant que ça… Il faut juste ne pas rêver… Un ami danseur me parlait récemment de « conscience fragmentée » : belle image. Au bal je tangote d’abord pour ne pas penser, donc ne parle pas et éprouve l’humour de n’avoir aucun sentiment particulier.
Je danse, je me tais, je m’ouvre et c’est bon…

> Pour écouter The End, d’Oscar Strasnoy : cliquez ICI

> Pour écouter le duo Salgán-De Lio : cliquez ICI