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C’est l’été  10 août 2012

© Photo Marie Glaize

Le Musée d’Art Contemporain de Sète a de belles installations. Ma fille doudoue Marie prend de belles photos. La jambe droite de mon pantalon est bien repassée.

Photo: © Ma fille doudoue

Traversée  7 août 2012

Dans ce petit milieu du tango, qui est un peu… comme on l’a dit, Nanouchka et Martial sont vite repérés comme un tandem insolite et émouvant. Les aficionados, attendus à Sommières (entre Montpellier et Nîmes), à l’étage de leur maison du Moulin à Huile, y reconnaissent immédiatement le parfum oublié des valeurs d’accueil: la générosité, l’imagination et la magie fragile d’un bricolage déconcertant.

Total, ça y est, les gens se détendent et deviennent accueillants à leur tour! Jeunes matelots et vieux loups de mer, tout ça se mélange, ça tourne et y retourne, parfois même de vraiment loin. Incroyable: on a passé une merveilleuse soirée!

Je m’y sens bien, et puis c’est tout. Donc, pour revenir mettre les voiles aux voûtes de leur RdC, je n’ai même pas attendu que Nanouchka m’invite encore à proposer mes vidéos pour la 2nde édition, en juillet dernier, de leur manifestation Erna et Santiago au Moulin, selon leur fantaisie. Je crois que tous, là, on a encore fait un sacré équipage.

La petite idée de mon installation éphémère était de ralentir le public, qui d’habitude diagonale au plus court entre la porte de la rue et l’escalier intérieur. Pour l’inviter à jouer et jouir de cet espace étonnant, périodiquement inondé, j’ai conçu un labyrinthe d’images. Et je me suis bien diverti à observer la diversité des comportements des passagers que j’avais la responsabilité d’embarquer.

Et puis, bien sûr, j’en ai gardé un petit clip.

> Pour voir le clip: cliquez ICI

Au musée, le tango  4 août 2012

L’été, c’est bon, et encore bien meilleur loin des ordis.

Thévanna et Paul, de l’asso montpelliéraine A Bailar Tango, ont eu la bonne idée de m’inviter à réaliser, chaque mercredi de tout cet été, une performance vidéo à l’occasion des bals tangos en plein air  proposés depuis cinq années sur le parvis du Musée Fabre. Cette saison, derrière la façade: une prestigieuse exposition du Caravage.

En matière d’accueil et de qualité des bals tangos, Thévanna et Paul à Montpellier, tout comme Nanouchka et Martial à Sommières, c’est ce qui fait dans le coin de vraiment frais et délicieux. Du tango élevé sous la mer, pour ainsi dire, mais je n’en dirai pas plus et j’accours.

Vidéo: j’ai d’abord testé le mur du fond -pas concluant- avant de commettre plusieurs essais de projection sur la piste même. Non, pas sur le précieux dallage signé pour l’éternité par Daniel Buren, mais sur l’hebdomadaire linoléum de Leroy Merlin, rituellement déroulé chaque mercredi par le pudique Ahmed Yalouz lui-même. Et même pas, comme on me l’a dit, pour protéger les chevilles des danseurs -parfois sujettes à enflures.- « A Montpellier on ne piétine pas les Oeuvres d’Art », me confie Ahmed. « A Nîmes, je ne sais pas. » Ahmed me propose donc de déposer sur mes projections une deuxième couche de linoléum, par respect.

Bref, je comprends qu’il n’est pas convaincu, vox populi, et je ne le suis pas non plus.
Je me suis donc ensuite attaqué à la façade du musée, avec l’humble conviction que je ne saurais par là faire de l’ombre au Caravage. Je proposerai bientôt ici un clip vidéo de cette expérience, et un autre rappelant mon installation de juillet 2012 au Moulin de Sommières, chez Nanouchka et Martial. En attendant, comme Thévanna et Paul nous régalent vraiment sans compter, commis aujourd’hui pour leurs besoins de promotion tanguistique, voici un premier clip de la Milonga du Musée, a bailar in situ cet été 2012.

> Pour voir le clip: cliquez ICI
> Le site d’A Bailar Tango: cliquez ICI

Khmers Rouges  18 mars 2012

Duch: le maître des forges de l’enfer, un film de Rithy Panh
L’élimination, un livre de Rithy Panh avec Christophe Bataille /
Deux documents essentiels du cinéaste cambodgien, autour du portrait de Duch le responsable khmer rouge des camps de torture et d’élimination M13 et S21.

La question qui me tracasse depuis n’est pas celle de Rithy Panh: que cherche Duch? Je ne vois pas le moindre mystère dans la position du bourreau, même aussi intelligent et cultivé que l’est Duch.
Cette intelligence est au service d’une mécanique sanglante aussi parfaite que possible, uniquement idéologique et pragmatique: « ma langue est ma lance » répète Duch. La mécanique d’un discours sans inconscient, une contrefaçon de l’humain, un mimétisme de l’éthique. Duch est et se revendique un manipulateur, c’est un prestidigitateur, technique.

Il n’y a pas plus de « part d’innocence » à chercher chez Duch que de « naÏveté » chez Rithy Panh, mais une partie qui se joue entre eux, jusqu’au jour où, brutalement, Duch refuse définitivement de recevoir Panh… et opte pour plaider innocent devant son tribunal.

Alors qu’est-ce qui, en lui, captive à ce point le cinéaste et nous avec? Au delà du nécessaire et courageux devoir d’Histoire, ce qui est lisible dans son film, son livre et ses interviews, c’est bien la fascination avec laquelle Rithy Panh vient vers Duch. On est troublé à ressentir l’impérieuse urgence qui le pousse vers son bourreau, revendiquée en tant que cinéaste, artiste, magicien. Mon bourreau est mon meilleur ami, celui qui me comprend le mieux.
Sa mise en danger est bien réelle et concrète. Rithy Panh est « perturbé », « désespéré », malade jusqu’à se confier à des psychiatres.

La question, pour moi, est bien: que cherche Rithy Panh, chez Duch? Je ne peux m’empêcher d’ajouter -comme après avoir vu son bouleversant précédent film, S21, la machine de mort khmère rouge-: pourquoi le discours du bourreau est-il plus révélateur que celui de la victime?

Attention, la question n’est pas non plus: que cherche l’artiste? -c’est une question qui n’appartient qu’à l’artiste-, mais: pourquoi ce que cherche un artiste se trouve-t-il à la place même occupée par le bourreau?

“Le combat est infini contre l’autre caché en soi” (L’élimination p. 229).

Tango: le sens du bal  24 janvier 2012

C’est à nouveau en écoutant la radio (France Musique), que j’ai reçu mon paquet d’émotions. Et encore une fois c’est d’Argentine que nous vient la gnaque.

The End: une création extravertie, d’un humour à pisser de rire. Le compositeur argentin Oscar Strasnoy fait un tube populaire d’une musique habituellement estampillée “contemporaine”. Woûûûh! C’est du tango?

Horacio Salgán était déjà un compositeur contemporain aux côtés de Piazzolla et de Troilo et il est toujours aujourd’hui un monstre bien vivant de l’histoire du tango et de la musique.
Bien vivant? Le 14 novembre 2000, Salgán n’a que 85 ans quand, avec Ubaldo De Lio, son complice du Quinteto Real et de toujours, il enregistre piano+guitare au Club del Vino de Buenos Aires.
William, pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de ça! Ce son! Ces arrangements! C’est du jazz?

Quand je n’écoute pas la radio, je traîne dans les milongas parisiennes.

Les milongas sont l’une des formes des bals populaires, rien de plus, rien de moins.
Le tango ici, c’est d’abord là où je vais le plus volontiers guincher, me griser, voir du monde, des femmes, boire des coups…
Je trouve formidable qu’il offre le retour de cette belle culture du baloche, oui, à mon avis, l’important des milongas c’est ça.

Mais pour autant, ce qui s’y joue ici n’a pas grand-chose à voir avec la culture argentine du tango, telle qu’on la retrouve partout en filigrane à Bs As, par exemple.
Et, même là-bas, si la danse tango amateur est une composante sociologique majeure de la culture, je n’y vois qu’un inconsistant apport artistique.
Quant aux danseurs professionnels qui témoignent d’un vrai questionnement de l’expression, ils me semblent -que l’on me pardonne- excessivement rares.
Je trouve quant à moi beaucoup plus de tango dans la musique, dans les textes, dans certains comportements d’Argentins ou de musiciens, ici ou là-bas.

Il n’y a qu’à entendre les paroles de la plupart de ces morceaux pour comprendre que, privé de l’humour très italien des Argentins, c’est une certaine énergie mortifère que stimulerait le tango…
Comme il ne manque jamais personne pour gratter la misère sociale, affective et artistique, ce qu’ici on appelle « Tango » reste hélas trop souvent une simple carte postale, un truc à 2 balles, qui attire durablement les gens cherchant des trucs à 2 balles, et moins durablement ceux qui s’estiment un jour trahis par les blablas des inévitables vendeurs de kitsch et qui ne reviendront jamais.
Ou bien repousse ceux qui trouvent ringarde cette vitrine sentimentale.

Mon rêve de créateur de spectacle, celui que j’avais commencé à mettre en oeuvre sur la place du Chapitre à Nîmes, serait de reconquérir un accès au tango en le vidant, par une certaine approche du bal, de tout ce fatras de malentendus. Dans la culture « dure » de l’espace social du bal les sentiments et les mots n’ont pas lieu d’être. C’est bien plus intéressant que ça… Il faut juste ne pas rêver… Un ami danseur me parlait récemment de « conscience fragmentée »: belle image. Au bal je tangote d’abord pour ne pas penser, donc ne parle pas et éprouve l’humour de n’avoir aucun sentiment particulier.
Je danse, je me tais, je m’ouvre et c’est bon…

> Pour écouter The End, d’Oscar Strasnoy: cliquez ICI

> Pour écouter le duo Salgán-De Lio: cliquez ICI

Embrassades  2 janvier 2012



Comme on dit en Allemagne: « bonne glissade dans la nouvelle année! »
Glissons-donc -embrassadeurs- à l’unisson des polissons…
Que gambadent indignés, non-alignés et même le soussigné.
Et embrassons: l’année ne sera pas froide…

La voie de Maurel  26 décembre 2011

Photo France Culture 2011: © Adèle Van Reeth, Tristan Ghrenassia

L’autre jour sur France-Culture, cette émission à propos de l’exil de Victor Hugo à Guernesey…
Mais!… C’est Jean Maurel! La voix de Jean Maurel!
Mon prof chéri de la vieille Sorbonne, qui, il y a trente ans m’a littéralement ouvert la tête! Qui, comme Socrate, “faisait payer ses tours et non ses leçons”!

Avant même sa revendication incessante, guerrière, des vertus de la provocation, quelle émotion de retrouver (“Jean-Jââââcques!…”) la phrase de Maurel, sa scansion, ses points d’appui, “n’est-ce-pas”, pour rebondir, se propulser, chercher ouvertement la transe…

À nouveau, écouter Jean Maurel suscite immédiatement chez moi un irrépressible sentiment d’euphorie, une joie que je connais également, c’est étonnant, lorsque j’écoute le flamenco. Lorsque que le chanteur cherche, cherche en bridant le registre naturel de sa voix, en privilégiant les appuis rythmiques pertinents. En sacrifiant, s’il le faut, de la justesse de la ligne mélodique à celle d’une certaine emphase, d’une certaine boursouflure monstrueuse -allez: hugolienne- de l’expression.

Et la pensée de Maurel est belle comme un crabe. Sa voie, la recherche permanente de la diagonale.
Ou du rythme. Ou du style.
Avec lui nous avons travaillé Kant, par exemple: Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée? Pour entrer dans la pensée. C’était il y a trente ans, mais comme dans un tour de danse, en pensée c’est le premier pas qui compte. Les chemins ne menant, bien sûr, nulle part.
Du potache, Maurel n’a peut-être pas fait un philosophe, mais il m’a appris à danser. Ne m’a peut-être pas habillé pour la vie, mais il m’a deshabillé.

30 ans après-coup, je vois que Maurel est toujours là, sur son fil. Oui, c’est donc possible. Et, à l’entendre 30 ans après, je vois bien que je ne me suis pas déjugé, que je valse même peut-être. Le temps, que je croyais séquencé, avec des périodes, des épisodes -j’ai déjà eu plusieurs vies- est tout de même un temps continu. Ce qui ne veut pas dire linéaire. Ça veut dire que plutôt que périodique, brutalement je le ressens comme cyclique. Périodique, peut-être, mais cyclique c’est sûr. Nietzsche. On revient toujours à la source.

> Pour écouter ou podcaster les quatre parties de l’émission de France Culture Victor Hugo, le génie de l’exil: cliquez ICI

Une flûte en chantier  14 décembre 2011

Ceci-n'est-pas-une-flûte

“Une flûte enchantée” d’après “La flûte enchantée”, opéra de W. A. Mozart, mise en scène de Peter Brook.

Cheap.
Une version réduite pour piano et solistes, qui, comme dit le programme, va à l’essentiel. Mise en scène pingre, distribution vraiment juste (si l’on peut dire): une Reine de la Nuit qui se vautre dans les aigus (OK elle est payée pour ça), et un Zarastro qui aurait pu échanger les rôles avec son ex…
Qu’est-ce qu’il reste de l’opéra de Mozart quand on enlève la flûte et l’enchantement? Il ne reste plus rien. On n’y va pas: on y est.
Les économies de budget ont bon dos. Le public est content (le public est toujours content), mais on ne la lui fait pas non plus (le public est malin).

Je l’ai vu le mardi 13 décembre 2011  au Théâtre de Nîmes

Immoral  9 décembre 2011

Je ne me connais pas de désespoir qui résiste à une glace.
Et pas de désespoir qui résiste à du chocolat.
Une seule chose est meilleure que la glace au chocolat: le sorbet au chocolat.
Mais faut pas du tout en abuser.
C’est tellement mal, que, quand je pense à mon congélo, mon désespoir grandit, grandit…

Sihanouk  5 décembre 2011

Crédit-photo---Everest-Canto-de-Montserrat

Photo: Everest Canto de Montserrat

Vite affranchi sur le mauvais accueil et l’arrogance que les danseurs parisiens réservent à leurs visiteurs, j’ai abandonné samedi les milongas de la capitale pour un vrai spectacle, celui donné au Théâtre du Soleil (Cartoucherie de Vincennes) par la troupe cambodgienne de Phare Ponleu Selpak: L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge.

J’ai ri, pleuré, nous avons tous ri et pleuré pendant ces 3 heures pleines de bruit, de fureur et de grâce.
Comme son peuple, nous avons suivi Sihanouk, vrai personnage shakespearien emporté dans tant de compromis humbles, scabreux, tragiques ou touchants, sous les bombes américaines, du lendemain du protectorat français jusqu’à la veille du carnage khmer rouge…

Des choses courageuses et difficiles à dire, même pensées et écrites en français par Hélène Cixous, pour le public français du Théâtre du Soleil en 1985.

C’était déjà un beau morceau. Puis avec ténacité et humilité le Théâtre du Soleil a accompagné en re-création les artistes de Phare Ponleu Selpak, de Battambang, Cambodge. Chapeau.
Et a rendu cela possible: ce qui aurait pu ne rester, une nouvelle fois, que leur propre histoire écrite malgré eux, ils la jouent aujourd’hui dans leur langue et leur pensée, cela change tout.

Traduite et jouée en khmer, cette langue terriblement étrangère et musicale, cette histoire c’est la leur, écrite avec le sang, les rires et la gnaque phénoménale des trente artistes qui déboulent sur la scène française. Et, sans se départir de leurs codes culturels ni se cacher derrière aucun exotisme, ils nous emportent immédiatement, nous autres occidentaux, dans l’urgence d’un spectacle de la plus grande exigence artistique.

Un pont magique s’est ouvert et ne peut que s’élargir!
A nous, qui avons bien du mal à simplement nous adapter à d’autres cultures, aussi mal lotis qu’ils pourraient nous sembler, ces artistes-là ouvrent le chemin.

Vivent les petits pays, vive le Cambodge, vive la France.

> Le dossier de presse: ICI
> Le dossier de la revue Mouvement (oct 2011): ICI

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